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Chantal Mathieu – Article dans Le Courrier De L’Ouest

Une vie hors des sentiers battus

Engagée auprès des sans-papiers à Angers, la militante Chantal Mathieu se livre dans une autobiographie qui vient de paraître. Sa rencontre avec un chaman à l’âge de 20 ans a tout changé.

Angers, vendredi 5 juin. La militante Chantal Mathieu, ici à côté d’une photo d’elle à l’âge de 20 ans, livre son foisonnant parcours associatif et humanitaire dans un livre qui vient de paraître. Photo : CO – Franck De Brito

Portrait

Quel meilleur endroit que la Bougeotte pour raconter son histoire quand on a voyagé dans une cinquantaine de pays ? Chantal Mathieu n’a pas choisi ce restaurant au hasard pour nous rencontrer. Sa maison d’hôtes se trouve de l’autre côté de la rue. Dans le quartier bourgeois de la Madeleine à Angers, la pétillante septuagénaire au style hippie chic détonne. C’est ici que la militante écologiste a posé ses bagages il y a vingt ans. Un nouveau chapitre après une vie à côtoyer les marges, tisser des réseaux alternatifs et participer à des projets solidaires. Du Poitou à l’Ouganda, en passant par les Deux-Sèvres, le pourtour méditerranéen et les squats d’Angers.

Émancipation et militantisme

La fondatrice d’Asile et partage, connue dans la cité du roi René pour son combat en faveur des sans-papiers, vient de publier une autobiographie. Intitulé « Femme Lune, une autre voie », son livre retrace un parcours atypique foisonnant d’aventures et de rencontres humaines. Une ode à l’émancipation et au militantisme. Et un message à faire passer.  J’ai voulu écrire pour mes petits-enfants afin qu’ils ressentent mes combats, mes espoirs et mes engagements. Nous avons tous la possibilité de contribuer à changer notre environnement immédiat par la solidarité, la désobéissance civile, la protection de l’environnement, mais aussi en œuvrant pour davantage de justice et d’humanité , prévient l’ancienne éducatrice monitrice.

L’Amérique en auto-stop

Née à Limoges dans une famille de six enfants, issue d’un milieu cultivé et chrétien, Chantal Mathieu ressent très vite l’appel du large. À 20 ans, elle sillonne l’Amérique en auto-stop, du Canada au Guatemala. Attirée par les peuples amérindiens, elle est accueillie dans la réserve des Blackfeet.Au cours d’une cérémonie, elle est baptisée « Femme Lune » par le chef de la tribu. Un rite gravé en elle.  La lune donne la vie et j’aime cette symbolique. Dans mon métier, j’ai essayé de redonner de la vie, de l’espoir et une autre route à des adolescents en grande difficulté , poursuit-elle.

De retour en France, elle ramène un tipi, une tenue indienne et la conviction profonde de tracer son sillon loin des diktats sociétaux. Après avoir goûté à la vie en communauté, elle participe à la création de la première maison bioclimatique près de Poitiers. Grâce à l’appui d’une banque alternative, elle y fonde son premier lieu de vie à destination des adolescents cabossés qui ne supportaient plus l’institution. Croisant son expérience professionnelle avec son attrait pour le nomadisme, Chantal Mathieu construit une roulotte avec le futur père de ses deux enfants.

De la vie en roulotte aux luttes écolos

Dans cette mini-maison mobile aux couleurs bigarrées, ils sillonnent l’ouest de la France avec un jeune confié par l’aide sociale à l’enfance. Dans la peau des Tziganes, elle découvre les nombreux contrôles de gendarmerie, les aires de gens du voyage proches des déchetteries ou des stations d’épuration, mais aussi la solidarité des gitans. Au cours de cette expérience singulière de l’altérité, elle renonce à un certain confort tout en renforçant son engagement écologique et social.

Du Larzac à Notre-Dames-des-Landes, en passant par les manifestations contre l’enfouissement des déchets nucléaires en Gâtine, Chantal Mathieu a épousé les principales luttes des cinquante dernières années. Mais son plus gros combat reste assurément la pollution de l’Egray. La petite rivière qui coule près de chez elle, au moulin des Rochards, à Germond-Rouvre entre Niort et Parthenay, subit les rejets d’une laiterie. Elle enquête, monte des actions, distribue des tracts, reçoit des claques en retour sur les marchés.

Après avoir dépensé beaucoup d’argent et d’énergie, elle grappille des petites victoires devant les tribunaux.

Tout reconstruire à Angers

À la cinquantaine, elle change de vie à Angers. Une ville inconnue où elle doit tout reconstruire. Elle intègre un collectif de sans-papiers. Impliquée à fond dans cette cause, elle repère les maisons abandonnées pour mettre à l’abri les plus exclus, héberge un jeune Pakistanais rejeté par l’administration. Sa manière à elle de contrer l’indifférence.Durant vingt ans, elle est derrière les vingt-trois maisons  réquisitionnées , participe aux sit-in, bataille avec la mairie d’Angers, affronte les expulsions de squats. Son combat dérange.  Chantal Mathieu, une femme à abattre , lit-elle dans des lettres anonymes. Les menaces n’ont pas ébranlé sa motivation. Elle en a vu d’autres. Après Asile et partage, elle vient de créer avec des amis militants Toit migrant solidarité. L’association vise à mettre en œuvre des solutions pérennes d’hébergement pour les jeunes migrants. La Femme Lune entretient toujours l’espoir.

« Femme Lune, une autre voie », de Chantal Mathieu, aux éditions Amalthée, 2026, disponible à la librairie Contact et sur commande dans les autres librairies.

Pour commander le livre :  https://www.editions-amalthee.com/librairie/femme-lune-une-autre-voie/