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Didier Eisack – Article dans La Voix du Nord
Traque du nazi Otto Abetz : l’ancienne prison de Loos au cœur d’une BD
Loos. Le 28 décembre 1948, l’ex-ambassadeur de Hitler en France, Otto Abetz, était incarcéré à la prison de Loos après avoir été arrêté par Joachim Eisack, un résistant juif allemand. Son petit-fils, Didier Eisack, a d’abord fait de cette histoire un livre puis, maintenant, une bande dessinée.

Didier Eisack n’a pas connu son grand-père Joachim, mort huit mois après sa naissance, en octobre 1954. Et de lui, il n’a jamais su grand-chose ; dans la famille paternelle, on ne parlait pas du passé, de la guerre et des horreurs commises par les nazis. Mais, par-delà les générations, les deux hommes partagent un même trait de caractère : la persévérance.
Joachim Eisack n’a jamais lâché la trace de l’ex-ambassadeur du III e Reich à Paris, Otto Abetz, jusqu’à le retrouver en octobre 1945 dans un sanatorium de la Forêt-Noire. Soixante-dix ans plus tard, son petit-fils, Didier, a lui aussi fait preuve d’une incroyable ténacité pour reconstituer l’histoire de cette traque oubliée, jusqu’à en faire un livre, J’ai arrêté Otto Abetz, paru en 2022 aux éditions Amalthée.
Bravoure et horreur
« J’ai commencé mes recherches en 2012 », explique Didier Eisack, qui était alors directeur financier dans l’industrie de la défense. « Je devais reconstituer un puzzle de 10 000 pièces et je n’avais que 20 pièces au départ. Je savais que mon grand-père avait arrêté l’ambassadeur, c’était l’une de ces pièces. »
Son enquête le conduira à éplucher des archives civiles, militaires et diplomatiques en France, en Allemagne et en Pologne. Il rencontrera aussi l’historienne Barbara Lambauer, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Un travail de plusieurs années, long mais payant : « Ma famille paternelle, d’origine allemande et ukrainienne, s’était réfugiée en France en 1933. J’ai découvert qu’ils s’étaient cachés à Belmont-de-la-Loire en 1942. Ensuite, mon père, qui avait 15 ans, et mon grand-père sont entrés dans la Résistance en 1943. »
À côté des actes de bravoure, Didier Eisack découvre aussi l’horreur : son arrière-grand-mère, Hulda, après avoir fui les pogroms de la Russie impériale au début du XX e siècle, a été déportée et exterminée en 1942 dans le camp de concentration nazi de Theresienstadt, dans l’actuelle Tchéquie. « Je ne le savais pas, ça a été un choc », témoigne Didier Eisack, encore sous le coup de l’émotion.
C’est peut-être l’assassinat de sa mère qui a poussé Joachim Eisack à se mettre aux trousses d’Otto Abetz aussitôt la guerre finie. Devenu inspecteur de la sûreté allemande en zone d’occupation française, il a remonté seul la piste du dignitaire nazi, après « une bien curieuse découverte ». Cette traque obstinée se conclura par l’arrestation et les aveux de l’ancien diplomate, qui cherchait à dissimuler sa véritable identité.
Abetz gracié,
Otto Abetz a été condamné par le tribunal militaire de Paris à 20 ans de travaux forcés en juillet 1949. D’abord incarcéré à la prison de Fresnes, il a été transféré à la prison de Loos le 28 décembre 1950. Prison qui figure dans la bande dessinée J’ai arrêté Otto Abetz, à paraître le 29 janvier aux Presses de la Cité, en coédition avec le ministère des Armées. L’ouvrage, écrit par Didier Eisack et illustré par Maxime Germain, a reçu le label « Mission Libération » décerné par le gouvernement.
« Cette bande dessinée, c’est une forme de reconnaissance envers Joachim, confie Didier Eisack, depuis la Haute-Savoie où il réside. Otto Abetz a été gracié après cinq ans de détention, il est rentré en Allemagne (où il mourra dans un accident de voiture en 1958) et Joachim n’a jamais été récompensé pour ce qu’il a fait. Il est mort dans l’anonymat. C’est un peu comme si je l’avais fait revivre. »
Pour commander le livre : https://www.editions-amalthee.com/librairie/jai-arrete-otto-abetz-histoire-de-mon-grand-pere-refugie-allemand-juif-et-resistant-francais/